Impossible
d’Erri De Luca

Un ancien membre d’un groupe révolutionnaire italien, alpiniste chevronné, est retenu en garde à vue. Son vieux compagnon de route a été retrouvé au fond d’un ravin. Accident, meurtre ? La force du roman tient dans l’équilibre entre les allers et retours du narrateur sur sa vie et ses engagements politiques et le face à face entre deux générations qui s’observent et se défient. Un jeune magistrat interroge un homme dans la force de l’âge. Mais comment interroge-t-il ? « Il existe deux verbes qui signifient demander, l’un sert à demander pour savoir, l’autre à demander pour obtenir. Quand le magistrat insistait avec ses questions, il disait qu’il voulait savoir la vérité. Ce n’est pas vrai. Il interroge pour avoir une confirmation de ce qu’il croit déjà savoir. Il n’utilise pas le verbe de la curiosité de celui qui veut s’informer ou connaître une vérité. »

Imperturbable, le narrateur répond inlassablement aux questions du magistrat qui s’étonne que le hasard ait placé « les deux hommes sur le même chemin, le même jour et à la même heure » ? « C’est une coïncidence. » « Impossible » répond le magistrat pour qui « la coïncidence est un indice… Si on lui attribuait la valeur numérique d’une probabilité, on aurait le chiffre zéro suivi d’une virgule et d’autres zéros. » S’ensuit une analyse sémantique implacable : « Impossible, c’est la définition d’un événement jusqu’au moment où il se produit. Vous aurez beau mettre tous les zéros que vous voulez, la statistique et vous ne pouvez nier les coïncidences… Les coïncidences sont une constante, elles n’ont rien de rares… En tant que personne présente sur place, je sais que votre impossible s’est produit. »

Dans ce récit, chaque mot est à sa place. Les propos échangés, sans haine ni mépris, suscitent une réflexion sur l’idéalisme, la camaraderie, la trahison, et nous font entendre l’écho que peut rencontrer une parole juste.

Elisabeth Dong

Impossible, Erri De Luca, Gallimard, 2020

Photo © Pere Farré