James McBride
L’auteur qui fait swinguer l’Histoire

James McBride est un musicien de jazz. Cela se sent dans ses livres. Son écriture a un rythme, une cadence, des contre-temps qu’on ne rencontre pas facilement dans la littérature. Le style est facétieux, les textes intelligents, désopilants parfois, et sa manière de tordre des faits historiques pour les faire swinguer et en extraire l’essence est vraiment singulière.

Fils d’une Juive d’origine polonaise et d’un pasteur afro-américain, McBride affirme que son métissage lui a donné la chance de prendre le meilleur des deux cultures. On n’a aucune peine à le croire ; ses personnages pourraient être à la fois les descendants des sages et des fous de Le Spinoza de la rue du marché et des gamines à l’oeil vif et à l’esprit alerte de Gorille mon amour. On retrouve chez McBride la même affection pour ses personnages que chez Singer ou Cade Bambara, la même connivence.

Que ce soit dans Miracle à Santa Anna ou L’Oiseau du Bon Dieu, le ton est drôle, les récits oscillent entre splendeur et misère, toujours à la limite du conte ou de l’épopée, dans une allégresse qui ne doit rien à un humour de surface. C’est un choix, une philosophie de vie.

D’après MCBride, « il faut laisser le mal là où il est, avec l’espoir qu’il se dévore lui-même tout cru ». Aussi décide-t-il sciemment de regarder l’humain avec tendresse, de ne pas le condamner, ni même le juger trop durement, mais plutôt de le raconter. Et c’est peut-être précisément ce récit, cet acte politique qu’implique, et qu’a toujours impliqué, un regard à la fois aimant et amusé qui sous-tend l’universel, ce regard qui ne s’en laisse pas conter mais com-prend quand même – prend avec –, qui a rendu impossible une bonne adaptation cinématographique de Miracle à Santa Anna par Spike Lee, tant il y a une différence entre raconter et démontrer, entre donner à voir et dénoncer.

Dans un entretien diffusé sur WBUR News, l’auteur explique se mouvoir dans un champ d’expériences humaines communes pour faire rire ses lecteurs et déplore que chaque roman écrit par un Africain-Américain aux États-Unis soit systématiquement considéré sous l’angle de la race. Mon travail, dit-il, consiste à illuminer les choses ; au lecteur de décider s’il veut regarder ce qui est mis en lumière ou passer à un autre livre.

James McBride réécrit la vie dans l’Histoire, à sa manière fantasque et généreuse, délicate et rocambolesque, exigeante, et ce faisant il la met au jour. S’il se défend d’être un activiste, considérant qu’il n’est pas possible de faire changer les gens d’opinion, ses livres réparent l’absurde et les coupes opaques de l’arbitraire.

Kits Hilaire